Quels placements pour protéger son épargne de l’inflation ?
Avant tout : penser à la diversification
Vous connaissez surement l’adage « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier », souvent utilisé pour aborder la notion de diversification des investissements.
Au-delà de la simple variété de secteurs représentés au sein de votre compte-titres ou de votre PEA, la vraie diversification concerne l’ensemble de votre patrimoine, et il faut donc appréhender cette notion en termes de classes d’actifs.
En effet, les classes d’actifs vont se comporter comme des « blocs d’investissement » en fonction des conjonctures. Par exemple, au début de la pandémie de COVID-19, l’ensemble du marché actions s’était effondré. Dans le même temps, le cours des métaux précieux s’était envolé. Bien sûr, au sein du marché actions, il était possible de trouver quelques rares titres gagnants, ou qui baissaient moins que la moyenne du marché. Mais de manière générale, peu importe la qualité des sociétés cotées, leurs actions s’effondraient, les investisseurs craignant la récession qui s’annonçait.
On voit à travers cet exemple la notion de classes d’actifs, et le comportement « en blocs » de chacune d’entre elles face aux différents évènements.
C’est à ce titre que l’investisseur prévoyant change la répartition et l’exposition de son patrimoine au gré des configurations de marché.
Et actuellement, avec l’inflation qui sévit, et qui ne devrait pas s’arrêter tout de suite malgré un ralentissement ces derniers temps, il reste indispensable de prendre des précautions afin de protéger ses avoirs.
Pour entrer en profondeur dans les notions de diversification, n’hésitez pas à consulter notre guide dédié. Cela vous permettra de mieux comprendre les différentes stratégies pour diversifier son portefeuille et ainsi réduire les risques liés à vos investissements.
Investir dans l’immobilier
Si comme une majorité de Français, l’immobilier représente la plus grosse part de votre patrimoine, vous connaissez déjà certains aspects liés à ce secteur (fiscalité, dette, etc).
Cependant, vous sous-estimez peut-être le fait qu’une période inflationniste soit le moment idéal pour « acheter de la pierre ». On a souvent le réflexe inverse. En voyant les taux monter, on se dit que le moment n’est pas forcément propice, et qu’il vaut mieux patienter.
Or, puisque la valeur de la monnaie chute, il en va de même pour la valeur de votre dette ! Autrement dit, l’argent que vous devez à votre banque a de moins en moins de valeur : votre dette diminue. Comprenez bien, ce n’est pas la valeur numéraire de votre dette qui se déprécie, mais bien sa valeur réelle.
Exemple : Si vous empruntez 100 000 €, vous devez toujours 100 000 €. Mais ces 100 000 € ne représentent plus du tout le même pouvoir d’achat, et c’est tant pis pour la banque ! Vous, en revanche, réalisez une belle opération, puisque ces 100 000 € ne suffiraient plus à acheter le même bien (perte de pouvoir d’achat).
Pour résumer, en période d’inflation, l’immobilier est une bonne affaire : ce que vous achetez s’apprécie, ce que vous devez se déprécie.
Le dernier point au sujet de la dette concerne le taux de l’emprunt que vous contractez pour acheter votre bien. Forcément, les taux proposés par les banques commerciales augmentent lorsqu’il y a de l’inflation (voir pourquoi dans notre guide dédié). Mais il convient de distinguer le taux affiché du taux réel.
Exemple : vous empruntez avec un taux d’intérêt de 2,5%. Cela vous semble élevé en comparaison avec les taux connus ces dernières années. Cependant, l’inflation s’élève à 5%. Votre taux réel est donc de 2,5% – 5% = -2,5%. Autrement dit, votre emprunt pèse de moins en moins sur votre ménage, à hauteur de -2,5% par an ! Bonne nouvelle, n’est-ce pas ?
Mais la dette ne constitue pas le seul avantage de l’investissement immobilier en période inflationniste : il faut également considérer l’Indice de Révision des Loyers. En effet, et c’est une bonne chose pour l’investisseur, le législateur a souhaité protéger le secteur immobilier en indexant l’IRL à l’inflation. Vous n’avez donc pas à vous inquiéter de la baisse de valeur de vos loyers perçus, et donc de votre rentabilité.
L’autre donnée qui pourrait vous convaincre d’investir dans le bâti ou le foncier est la hausse des salaires liée à l’inflation, qui provoque une augmentation de la demande et donc une hausse des prix de ces actifs. Ainsi, si vous parvenez à devenir propriétaire assez tôt dans le cycle inflationniste, vous pourriez réaliser de belles plus-values !
Enfin, si vous n’avez pas la possibilité d’emprunter, ou que vous ne voulez tout simplement pas affecter votre patrimoine à l’investissement locatif en nom propre, il reste tout de même quelques autres alternatives au sein de cette classe d’actifs, telles que les SCPI.
Les SCPI (Société Civiles de Placement Immobilier), également appelées « pierre-papier », sont des véhicules d’investissements qui permettent d’acquérir des parts d’un parc immobilier. Elles vous permettront de bénéficier d’un rendement locatif (5%-6% en moyenne), et de l’appréciation des biens détenus. Les SCPI peuvent être achetées comptant ou à crédit, via une assurance vie, votre banque, une société de gestion ou un gestionnaire de patrimoine.
Pour entrer dans les détails de cette classe d’actifs, et découvrir d’autres solutions de placements immobiliers, n’hésitez pas à consulter notre guide dédié.
Investir dans l’or et les métaux précieux
L’or et les métaux précieux ont, historiquement, toujours joué un rôle de rempart contre les crises économiques, et en particulier contre l’inflation. L’or bénéficie d’ailleurs d’une corrélation avérée et observable avec le taux d’inflation. Ainsi, lorsque l’inflation augmente, l’or en fait souvent de même, et c’est dans les périodes d’hyperinflation que le précieux métal a tendance à connaitre ses hausses les plus explosives. On parle bien entendu beaucoup de l’or dans les périodes d’inflation, mais il en va de même pour les autres métaux précieux (argent, platine, etc).
Auprès des jeunes générations, l’or n’a plus le même attrait qu’antan. Mais lorsque l’on observe les fluctuations des métaux précieux à travers les différents cycles économiques, il est indéniable qu’ils apportent une certaine protection pour l’investisseur dont la confiance en l’économie se réduit, ou lors des périodes monétaires troubles, comme c’est le cas actuellement.
Ainsi, en plus de protéger l’épargne de l’inflation actuelle, l’or pourrait constituer une bonne solution pour tout épargnant qui miserait sur une détérioration des autres classes d’actifs, dans le contexte de guerre en Ukraine et de tensions géopolitiques qui s’amplifierait.
L’attrait fondamental de l’or se trouve en fait dans son caractère limité. Nul ne peut créer plus d’or que la Terre n’en renferme, à savoir entre un et deux millions de tonnes, dont seulement 200 000 tonnes ont été extraites. Il s’agit en outre d’un actif non falsifiable, aisément transportable, et non spoliable.
Ainsi, en cas de scénario catastrophe, vos dépôts bancaires pourraient se retrouver inaccessibles ou saisis, et ceux-ci ne sont de toute manière couverts qu’à hauteur de 100 000 euros en cas de faillite bancaire. Ces adversités ne peuvent toucher votre or physique, qui n’est bien entendu pas « saisissable » électroniquement.
Il existe, pour résumer, deux grandes manières d’investir son argent dans l’or :
- L’or physique : vous achetez des lingots, des pièces (généralement de collection), ou tout support qui contiennent de l’or à plus de 90%. À ce titre, une majorité de bijoux en or n’entrent pas dans la définition de l’investissement en or ;
- L’or papier : vous achetez des « droits sur l’or », c’est-à-dire que vous investissez dans des produits financiers qui vous octroient un droit de propriété sur l’or. Leurs prix suivent, en conséquence, les variations de l’or sous-jacent. Cela permet d’éviter les inconvénients qui existent à posséder de l’or physique (stockage, sécurisation, entretien, etc).
Pour plus de détails concernant l’investissement en or, n’hésitez pas à consulter notre guide dédié.
Il est important de noter que l’or est décrié par certains investisseurs en sa qualité d’actif « non productif ». Autrement dit, il existe des personnes qui refusent d’y allouer une part de leur patrimoine dans la mesure ou les métaux précieux ne sont que des « propriétés », qui ne versent ni dividendes, ni intérêts, ni loyers.
En effet, lorsque l’on fait le choix d’investir dans ces métaux, la possibilité de gain se limite à la revente, si vous faites une plus-value. Pendant la détention, vous ne percevrez rien.
L’autre critique qui est faite à l’or est sa volatilité. Cependant, dans le contexte de ces dernières années, où nous avons connu des cycles de marché extrêmes les uns après les autres, quel actif peut se défendre d’être volatil aujourd’hui ? C’est un fait général auquel il faut s’adapter. Pour ce qui est de l’or, on adoptera ainsi une stratégie d’achat progressive, et régulière, afin de lisser le prix de revient.
De plus, affirmer que l’or est un actif volatil serait faire l’impasse sur toutes les périodes où il ne l’est pas du tout. En effet, durant certains cycles de marché, l’or a montré une stagnation relative. Mais là encore, des achats réguliers et raisonnés dans une logique de lissage réduisent l’impact de ces cycles.
Sans oublier, bien sûr, la diversification. Il ne faut pas concentrer la totalité de son épargne sur les métaux précieux, mais y affecter une partie raisonnable et suffisante permet à coup sûr de tirer profit de l’inflation.
Enfin, il conviendra de considérer les coûts liés, en cas d’achat d’or physique, et les frais de gestion, en cas d’achat d’or papier.
Si vous souhaitez en savoir plus sur ce sujet, consultez notre guide sur l’investissement dans l’or.
Investir dans les actions
Craindre l’inflation au point de retirer son argent des marchés, et placer toutes ses économies sur l’or et la pierre n’est pas une bonne stratégie. Bien sûr, ne pas adapter son allocation sur les marchés en période inflationniste n’est pas non plus optimal.
Mais avec quelques ajustements, la part de votre patrimoine allouée aux actifs cotés pourrait montrer de très bons résultats face à l’inflation. Il suffit pour cela de bien sélectionner ses actions ou ETF, et/ou choisir le bon type d’obligations…
On aurait tendance à penser qu’il vaudrait mieux s’affranchir de la bourse en période d’inflation, pensant que les sociétés éprouvent des difficultés sur ces cycles économiques particuliers.
C’est le cas pour certaines, qui ne parviennent pas forcément à répercuter leurs hausses de couts sur les prix de vente. Cependant, certaines entreprises disposent d’une bonne capacité à remonter leurs prix en période d’inflation. On pensera en particulier aux entreprises du luxe, ou les entreprises à forte valeur ajoutée telles qu’Apple, ou les grands groupes de services.
Cependant, puisqu’il faut garder en tête le principe de diversification, le plus cohérent serait de repérer les secteurs les plus impactés par l’inflation, et agir en conséquence.
Par exemple, l’inflation actuelle a frappé le secteur de l’énergie plus fortement que les autres. Une entreprise telle que Total présentera donc un bon moyen de protection contre l’inflation, et il ne serait pas incohérent de renforcer les lignes « énergie » de votre portefeuille, parallèlement aux valeurs du luxe et sociétés de services et technologies.
Et pour l’investisseur qui ne souhaite pas se risquer à analyser lui-même la conjoncture, il existe de nombreuses solutions pour obtenir une allocation diversifiée, au niveau sectoriel comme géographique.
Certains ETF (trackers), comme les MSCI World, qui regroupent des actions de sociétés à travers plusieurs dizaines de pays et de marchés, permettent d’obtenir une bonne représentativité globale de l’économie mondiale. Et en période de crise et d’inflation, cette diversification et ce lissage des risques géopolitiques sont les bienvenus.
Obtenez plus de détails et apprenez à investir en bourse à travers notre guide dédié.
Utiliser des produits financiers à taux variable
Les actions ne sont pas les seuls instruments cotés que vous pouvez acquérir pour vous protéger de l’inflation. Certaines obligations pourraient également vous offrir de belles performances, sous certaines conditions.
Les Obligations indexées à l’Inflation
Pour rappel, une obligation est un instrument financier qui permet à un État ou une entreprise d’emprunter de l’argent sur les marchés. Ainsi, lorsque vous achetez une obligation, vous prêtez le montant investi à l’institution concernée. L’argent vous sera rendu à une date fixée, augmenté d’un intérêt souvent convenu d’avance également (les modalités varient d’un type d’obligation à un autre). Cependant les obligations « classiques » ne sont pas du tout adaptées aux cycles économiques inflationnistes.
Vous devrez donc éviter ces obligations à taux fixes. Si celles-ci peuvent offrir un rendement qualitatif et une certaine sécurité en temps normal, ce n’est plus le cas actuellement. Si le taux d’inflation s’établit à 5%, et que votre obligation vous offre 2,5% fixes, vous subissez un taux réel de -2,5% sur la partie de votre patrimoine allouée à cet actif.
Il est donc plus intéressant d’opter pour des obligations indexées à l’inflation (OII). Vous ne connaissez peut-être pas ce type de créances, puisque les obligations classiques sont bien plus répandues et accessibles.
Mais sur 2021 et 2022, l’encours des obligations indexées a littéralement explosé, les opérateurs cherchant à se couvrir de l’inflation. Ces produits sont généralement émis par des États, dont la France. Il existe des obligations indexées d’entreprises, mais leur proportion reste extrêmement marginale.
Attention, ces produits sont mal adaptés à des couvertures de court terme, puisque leur valeur peut être amenée à fluctuer. Il conviendra de conserver les OII jusqu’à échéance, puisque le paiement nominal est convenu d’avance, ou attendre une valeur de marché qui vous convienne pour une éventuelle revente.
En tant que particulier, il est difficile d’avoir accès à des plateformes exhaustives en termes d’OII. La plupart des courtiers n’en proposent même pas. Cependant, cela importe peu, car comme pour les actions, il serait dommageable en termes de stratégie de choisir une obligation en particulier. Il vaut mieux, pour bénéficier d’une diversification suffisante, opter pour des ETF (trackers) regroupant une sélection d’OII. Ceux-ci sont de surcroît accessibles bien plus facilement.
Même si la demande pour ces produits a eu pour effet de faire monter leur prix, et par conséquent diminuer leur rendement, ils restent attractifs, car censés couvrir, dans le scénario le moins avantageux, au moins l’inflation.
Les OII constituent donc l’actif principal parmi les bonnes solutions de produits à taux variables face à l’inflation. Mais un certain compte d’épargne pourrait également vous séduire.
Le Livret d’Épargne populaire, une petite enveloppe qui ne se refuse pas
Parmi les autres produits à taux variables, on peut également citer les comptes d’épargne. Si le taux des Livrets A et LDD ont été revus à la hausse (taux à 3% nets à compter du 1er février 2023), cela sera insuffisant pour vous couvrir de la baisse de pouvoir d’achat de votre épargne.
Cependant, un troisième type de compte d’épargne, le LEP, pourrait vous offrir des services bien meilleurs.
Longtemps, la rémunération du LEP a suivi le taux du livret A (avec 0,5% supplémentaires). Mais en 2020, la législation a modifié la formule de calcul de cette rémunération, en lui affectant un taux plancher calculé sur une moyenne semestrielle de l’inflation. Une excellente nouvelle, puisque cela devrait donner un taux supérieur à 6% dès le mois de février 2023, soit plus de deux fois le taux du Livret A !
Un bon moyen de compenser l’inflation, même si le montant maximal que vous pouvez déposer sur un LEP s’établit seulement à 7 700 euros.
