Cimetière
Consommer moins et vivre autrement

Solutions Pour Moins Polluer Même Après Sa Mort

Manger local et bio, privilégier les mobilités douces, acheter de seconde main… Face aux enjeux climatiques, nous cherchons à faire évoluer chaque geste de notre vie pour limiter notre impact sur l’environnement.

Pourtant, une de nos activités polluantes reste encore méconnue : la mort. Une étude de 2017, commandée par les services funéraires de la ville de Paris, a estimé à 833 kg de CO2 émis par une inhumation en Île-de-France. Cela équivaut à peu près à deux allers-retours Paris Berlin en voiture. Béton des caveaux, importation et vernissage des cercueils, usage du formol (1) dans les soins de conservation du défunt, ou encore entretien des cimetières y sont pour beaucoup.

Écolo du choix des matières au choix du cimetière

En France, seules la crémation et l’inhumation sont autorisées. Ceux qui souhaitent prolonger leur mode de vie écologique, se tournent donc vers « des choix plus respectueux de l’environnement, comme un cercueil en bois français, issu de forêts durablement gérées, sans teinture ni vernis, des capitons biodégradables, ou peut-être un cimetière naturel », explique Manon Moncoq, anthropologue du funéraire et de l’environnement, doctorante au laboratoire Citeres de l’université de Tours.

Il n’existe, à ce jour, dans l’Hexagone, qu’un seul lieu entièrement dédié aux enterrements écologiques : le cimetière naturel de Souché, à Niort (Deux-Sèvres).

Là, ni caveau bétonné, ni monument funéraire en granit, ni soins de conservation.

« Il y a aussi de plus en plus de cimetières dits paysagers, indique Manon Moncoq, où l’on laisse la place à la nature, à des monuments végétalisés. D’autant qu’avec la loi du 1er juillet de cette année, qui interdit toute utilisation de produits chimiques pour l’entretien des cimetières, les municipalités sont obligées de végétaliser leurs espaces. »

Des funérailles alternatives en expérimentation

Ailleurs, d’autres solutions se développent. La Belgique teste par exemple l’humusation, qui transforme le corps en compost pour le rendre à la terre. La promession, une méthode de destruction des tissus par le froid a été brevetée mais n’a été adoptée dans aucun pays.

L’aquamation, elle, est autorisée dans certains États américains et au Canada. Le principe : immerger le corps dans un bain d’eau à haute température, chargée en potassium et sodium. La technique utilise moins d’énergie qu’une crémation, et permet aussi d’obtenir une urne, contenant les os du défunt, réduits en poudre.

« La symbolique plaît, indique Manon Moncoq, car l’eau est source de vie. Mais quand on explique qu’après dissolution du défunt elle est remise dans le circuit d’eau courante, même si elle ne contient plus aucune trace du défunt, symboliquement, cela dérange beaucoup. »

Même blocage idéologique pour un habit funéraire, développé aux États-Unis. Imprégné de spores de champignons qui éliminent les toxines présentes dans le corps, il permet d’empêcher les cadavres de polluer les sols. Mais finir ses jours à se faire dévorer par des vers ou des champignons n’est pas du goût de tout le monde.

Régénérer la terre ou nourrir un arbre avec notre corps fait sens

Manon Moncoq, anthropologue du funéraire et de l’environnement

Il faut dire, comme l’a théorisé le sociologue Jean-Didier Urbain, que nous avons une tradition de « société de conservation » (2), qui cherche à « conserver le corps mort » à force de soins, de caveaux et de pierres tombales. Une dernière demeure donnant l’illusion de déjouer la mort en matérialisant l’idée d’au-delà.

Mais, depuis que le deuil et les enterrements ne sont plus nécessairement liés à la religion, croix et tombes sont moins chargées symboliquement. Un vide, auquel « la nature, estime Manon Moncoq, vient apporter une réponse. Régénérer la terre ou nourrir un arbre avec notre corps fait sens. Se réinscrire dans le cycle de la vie, et finalement ne jamais disparaître, c’est quelque part faire un pied de nez à la mort ».

(1) Les produits biocides, comme le formol, sont utilisés en thanatopraxie en remplacement des fluides du défunt afin de ralentir sa décomposition.

(2) Les cimetières d’Occident, des sociétés de conservation, Jean-Didier Urbain, paru dans la revue Études en 1982.

Un cimetière naturel à Niort

« Le cimetière de Souché, à l’heure actuelle, pour moi, est le seul cimetière exclusivement dédié aux inhumations naturelles. Le seul qui ait un cahier des charges aussi précis pour l’ensemble du cimetière », souligne Manon Moncoq, anthropologue du funéraire et de l’environnement.

Inauguré en 2014, le cimetière niortais interdit ainsi les caveaux bétonnés. Les monuments massifs en gré sont remplacés par de discrètes pierres en calcaire et les défunts, enterrés avec des matériaux biodégradables, ne reçoivent plus de soins de conservation. Cette sobriété rend les obsèques plus économiques qu’une inhumation ou une crémation traditionnelles.

Arbres, fleurs, herbe, chants des oiseaux… La sérénité des lieux semble accentuée par ce cadre de recueillement agréable. Le cimetière naturel de Souché est ainsi devenu une inspiration pour d’autres communes, comme Paris ou Aytré (Charente-Maritime).

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Fondatrice du blog - Solutions Alternatives

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