Réseaux Sociaux Attention A La Santé Mentale

Surveiller le compte d’anciennes relations, scroller plus de trois heures sans but, hypersexualisation des photos ou encore actualité toxique… de nombreux Français “accro” aux réseaux prennent la décision de quitter les réseaux sociaux pour leur propre bien.

“Je vais disparaître des réseaux sociaux à nouveau. Je vous aime et on se revoit bientôt.” 

Dans une vidéo visionnée plus de 22 millions de fois, le 14 août dernier, l’acteur Tom Holland a déclaré “se mettre en pause” car “Twitter et Instagram sont trop prenants”, du fait des mauvais commentaires. À l’instar de l’interprète de Spider-Man, de nombreux Français désertent les réseaux sociaux pour préserver leur santé mentale.

“J’ouvrais l’application une centaine de fois”

“J’ai quitté Facebook car les gens se sont divisés et se sont fait la guerre sur le sujet pro-vaccins et anti-vaccins”, déplore Jean (*), Héraultais de 38 ans.

Ce dernier n’arrivait pas “à se tenir loin d’un débat ou ne pas défendre une opinion”, alors, quand il voyait des utilisateurs “se déchirer”, il y participait.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Lorsqu’il se déconnectait de l’application, il continuait d’être remonté et n’arrivait pas à “se détacher de cette tension”. L’année dernière, il décide donc de supprimer son compte Facebook.

Comme Jean, c’est pendant la crise sanitaire que Natacha a quitté les réseaux sociaux, mais pour d’autres raisons. “J’ai des relations inexistantes avec mon père et ma sœur. Lorsque je voyais des messages et des photos de leurs journées passées ensemble alors que je ne faisais rien sur mon canapé, j’étais touchée du plus profond de mon être”, confie l’éducatrice gardoise. Alors qu’elle regarde le documentaire Netflix “Derrière nos écrans de fumée”, elle a un déclic.

Elle désinstalle immédiatement les applications de son téléphone.

Suite à une rupture amicale qu’elle n’a pas acceptée, Sylvie s’est mise à aller voir les profils de ses anciens amis de manière frénétique, “comme pour maintenir la relation”. “C’était devenu une addiction. Cela accaparait mes pensées. Dans une journée, j’ouvrais l’application une centaine de fois et accumulé cela faisait 3 heures.” La Saint-Gilloise est suivie par un psychologue pour comprendre les raisons de ce comportement. Depuis qu’elle a supprimé Facebook, elle se sent plus légère même si cela la coupe “des informations sur les concerts” et les professionnels qu’elle suivait.

Instagram renforce les inégalités

“Instagram a créé cette image de perfection. Beaucoup de choses sont faites pour être instagrammable, constate Vanessa Lalo, psychologue et experte sur les pratiques numériques. Mais cette application renvoie à la solitude, à la précarité et à l’inégalité.” Sofia, Gardoise de 21 ans, en a fait les frais. “Je ne voyais que des photos trop parfaites sur Instagram et qui m’ont fait culpabiliser et perdre mon estime de soi”, confie-t-elle. L’étudiante passait plus de trois heures à scroller indéfiniment sur les réseaux sociaux.

Même son de cloche pour Sarah qui souffre de troubles du comportement alimentaire : “Au début des réseaux je prenais un réel plaisir à aller dessus, prendre le temps d’apprécier et regarder une photo sur Instagram était vraiment bien. Plus le temps passait, moins je prenais plaisir à y aller. Cela devenait machinal de liker une photo, on passe à la suivante et on oublie. De plus, les fils d’actualité des réseaux sont pollués de gens fake, irréel, d’hypersexualisation… Ça en devient déprimant et révoltant.”

Pour la psychologue, les profils les plus à même de quitter les réseaux sont “des personnes ayant des fragilités narcissiques qui cherchent sur Internet une approbation ou qui ont des problèmes relationnels.” 

Depuis qu’elles ont quitté les réseaux sociaux, elles se sentent plus épanouies et prennent le temps de faire plus d’activité en dehors de leur travail ou de leurs études.

Mais faut-il pour autant quitter définitivement les réseaux sociaux ?

Pas forcément, pour Vanessa Lalo. “Faire une pause peut être nécessaire pour les personnes qui le vivent mal. En général, les gens reviennent car cela reste un outil de communication. L’été, je connais beaucoup de personnes qui se mettent en ‘digital détox’ pour arrêter de regarder l’actualité et de se comparer aux autres.”

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