Ils Ont Décidés De Vivre Autrement
Consommer moins et vivre autrement

Témoignages, De Ceux Qui Vivent Autrement

« J’ai dit non à la société de consommation »

« J’ai dit non à la société de consommation »
© Visual

A 20 ans, Janice choisit de quitter la ville et d’adopter un mode de vie radicalement écoresponsable. Cinq ans plus tard, elle ne regrette rien.par Sophie Tardy-Joubert

“Tu utilises vraiment des couches lavables ?” s’est écriée ma mère, incrédule, quand elle les a vues sécher au soleil.

Certes, elle commençait à avoir l’habitude de mes convictions écolos, mais que je puisse laver les couches de mes deux fils au savon de Marseille et à la main, cela dépassait son entendement.

Pour elle, battre le linge dans une bassine, c’était un retour en arrière inacceptable. Alors que, pour moi, les couches lavables, c’est l’avenir ! Pourquoi ?

Parce qu’elles coûtent mille fois moins cher que les jetables et qu’elles n’ont pratiquement pas d’impact sur l’environnement. A l’image du mode de vie que j’ai choisi.

“ADO, JE MANGEAIS AU MCDO”

Avec Hugues, mon compagnon, on a opté pour l’autosuffisance radicale.

On vit dans une ferme avec nos deux enfants : Elouan, 3 ans, et Loig 1 an. Végétariens, nous faisons pousser nos légumes et élevons des poules pour les œufs.

On fabrique tout, y compris nos produits d’entretien. Pour le détergent, je râpe des copeaux de savon de Marseille dans un seau, j’ajoute une cuillerée de vinaigre blanc, de l’eau chaude, et le tour est joué. Je fais aussi mon dentifrice, en mélangeant de l’argile avec un peu de bicarbonate de soude.

Grâce à ce genre d’astuces, je ne mets quasiment plus les pieds au supermarché, une sacrée victoire pour la militante ultra-verte que je suis !

Je n’étais pourtant pas programmée pour mener cette vie-là. Je viens d’une famille bourgeoise – père avocat, mère médecin -, et j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans dans une belle maison moderne en ville, à Lorient, avec mes quatre frères et soeurs.

Ado, je mangeais au McDo et je faisais du shopping avec mes copines. Puis j’ai commencé à tout rejeter en bloc : le mode de vie citadin, le gaspillage inconsidéré des ressources naturelles… Je rêvais d’autre chose. Je me suis mise à fantasmer la campagne comme un paradis perdu, où les gens savaient encore s’entraider. J’avais envie de vivre sainement, simplement.

Mes parents, prenant cela pour une crise passagère, m’ont poussée à faire des études. Pendant deux ans, je me suis ennuyée ferme en fac d’arts plastiques.

J’habitais sur le campus, une tour hideuse. Un jour, j’ai décidé de prendre les choses en main. Si je voulais changer de vie, il fallait que je m’y mette !

Un peu par hasard, je suis tombée sur une formation de poterie en Bourgogne. Pour moi, c’était le bout du monde, mais je me suis inscrite. Et j’ai débarqué toute seule à Saint-Armand-en-Puisaye, un village de tradition potière, au coeur d’une forêt de chênes.

Quand j’y repense, c’était quitte ou double.

“JE SUIS TOMBÉE AMOUREUSE DE LUI ET DE SA RÉGION”

Mais, dès que j’ai su “tourner”, mes doutes se sont dissipés.

J’ai tout de suite aimé voir la matière prendre forme sous mes doigts. Et, très vite, j’ai rencontré Hugues. Il m’a tout appris, tout montré : les bocages, les coins à champignons, les endroits où l’on trouve l’argile… Je suis tombée amoureuse de lui et de sa région, et nous nous sommes installés dans la ferme en ruine de sa famille, sur un site superbe. Nous avons rapidement aménagé une pièce avec le strict minimum : un lit, une table, des chaises, une gazinière… mais pas de salle de bains.

A la place, nous utilisons une bassine posée sur une palette, qui faisait office de petite baignoire. Debout dans la bassine, on se savonnait et s’aspergeait d’eau pour se rincer, avant de sortir précautionneusement pour ne pas menacer l’équilibre branlant de cette installation de fortune… Pour le chauffage, nous avions un poêle, à alimenter au bois qu’on ramassait dans la forêt.

Et, en guise de WC, des toilettes sèches dans un coin de la prairie. Autrement dit, un seau que l’on recouvrait de sciure de bois après utilisation. Mois qui ne savais même pas planter un clou, j’ai dû tout apprendre : faire l’isolation avec des ballots de paille, blanchir les murs à la chaux…

J’ai même vaincu mon vertige pour aider Hugues à refaire la toiture. Côté potager, ce n’était pas mieux : j’étais d’une inculture crasse ! “Mais, enfin, pourquoi tu arraches ça ? Tu vois bien que ce sont des plants de courgettes !” m’a lancé Hugues, dépité, un jour où je traquais les mauvaises herbes.

Après cet épisode, il m’a tenue à l’œil pendant des mois ! Aujourd’hui, je sais tout faire pousser, des tomates cerises aux citrouilles.

“NOS RARES VOISINS ONT TOUS DÉPASSÉ LES 70 ANS”

Cette vie de spartiate a duré cinq ans. Quand notre premier fils est né, on s’est quand même dit qu’une salle de bains et de l’eau chaude ne seraient pas de trop.

Nous avons donc emménagé dans une petite maison au-dessus de la ferme. Elle est dans son jus, mais c’est quand même plus confort. Bon, ce n’est pas le luxe non plus : l’isolation est sommaire et, les jours de grand froid, il nous arrive de tous dormir dans le même lit, blottis les uns contre les autres. Pour vivre, on vend nos céramiques sur les marchés, et on donne des cours de poterie.

On ne roule pas sur l’or, mais, comme on ne dépense pas grand-chose, on s’en sort. Au quotidien, nous sommes assez solitaires. Nos rares voisins ont tous dépassé les 70 ans et, même s’ils sont adorables, c’est parfois austère. On se rattrape l’été, en organisant de grandes tablées de copains.

Nos amis, d’autres potiers qui habitent dans les villages alentour, et des copains de ma vie d’avant, citadins pour la plupart, débarquent avec leurs enfants. Et là, je fais cuire des pizzas dans le four à pain à côté de la ferme. Nos vieux voisins se mêlent à la fête. Voir toutes ces générations réunies me remplit de joie, tant ça répond à mes aspirations. La vie urbaine ne me manque pas. La première fois que j’ai débarqué à Paris pour vendre mes poteries, je me suis sentie complètement déphasée.

J’ai été sidérée de voir des gens parler seuls dans la rue, avant de comprendre qu’ils portaient des oreillettes. Hugues, lui, ne fait toujours pas la différence entre un mail et un site Internet, et ne sait pas non plus envoyer de SMS. Car, oui, révolution, je viens d’acheter un téléphone portable !

Comme quoi on se met à jour, petit à petit. On vient de récupérer un ordinateur et on relève nos mails tous les trois jours, au café du village, ça nous permet de renouer un peu avec l’extérieur. 

“J’ÉTAIS UN PEU L’AYATOLLAH DE SERVICE”

Au début, avec ma famille, ça a été un peu dur. La distance était aussi psychologique que géographique. Quand j’allais chez mes parents, j’étais un peu l’ayatollah de service, faisant la morale à tout le monde : ma soeur qui passait trois heures dans son bain, mes petits frères qui gaspillaient les paquets de gâteaux, ma mère qui ne trie pas ses déchets !

Et puis j’ai laissé tomber. Après tout, quand ils nous rendent visite, ils ne tordent pas le nez devant nos toilettes sèches. Alors, aujourd’hui, chez eux, je lâche prise. Je profite même du lave-vaisselle et du lave-linge. Pour tout vous dire, la dernière fois, j’ai même utilisé le micro-ondes, qui est pourtant mon ennemi juré… Mais ça reste entre nous !

Consommer autrement : un changement de vie qui vaut le coup

En tout cas, aucun de ces consommateurs ne semble regretter ce changement de vie. Au contraire, ils semblent en tirer beaucoup de bénéfices.

Beaucoup se sentent en meilleure santé, notamment grâce à des changements dans leur alimentation ou leurs produits cosmétiques, d’hygiène et d’entretien.

« J’ai une bien meilleure santé autant niveau peau ou que l’état général« , explique Laura, comme Marie, 23 ans qui étudie en Allemagne et qui déclare : « mes cheveux ne tombent plus et poussent mieux, ma peau est en meilleure santé« . Damien, 33 ans et vivant à la Réunion, explique que grâce à son nouveau mode de vie il a « perdu du poids en arrêtant les aliments transformés et industriels. »

En dehors de ça, ce sont des bénéfices éthique que ces personnes tirent de leur nouveau mode de vie. « Je sais que je suis inscrite dans un mouvement plutôt écologiste, et je me sens bien avec ça » déclare Nolwen. Delphine dit s’enrichir de sa démarche, en tirer la « satisfaction de voir et d’utiliser le fruit de son travail.

 » Elle précise « en se renseignant sur le zéro déchet, l’écologie, le végétarisme, on s’est rendu compte que nous n’étions pas seuls à ne pas se sentir en accord avec ce que cette société nous impose et ça affine la conception que nous avons de notre futur ».

Quand on demande à Justine ce qu’elle retire de sa démarche, elle explique : « Le bien être, me sentir en cohérence avec mes aspirations, dépenser moins d’argent (quand on fabrique, c’est sûr que c’est moins cher !), meilleure santé, et … bien être, bonheur, joie 🙂 ! ». Fèriel explique en retirer « du sens et du bon sens, de la simplicité, c’est très agréable ». Nathan va encore plus loin : 

« Avant, j’étais un mec comme n’importe qui, plutôt accroc aux supérettes, à ma berline et à ma vie classique de consommateur. Au départ, je pensais que c’était insurmontable de changer de mode de vie, que j’allais perdre en confort, que ça serait pas « pratique », que ça allait être tout le temps galère.

Au final j’ai redécouvert plein de choses : faire la cuisine, faire des économies pour les choses importantes comme les loisirs en famille, je fais du sport puisque je vais au taf à vélo, je rencontre des gens… Je peux pas donner une seule réponse car j’en retire beaucoup sur tous les plans. Et j’ai l’impression que ma vie est un peu plus en adéquation avec mes convictions politiques et éthiques, que je défendais sans trop y croire avant de me mettre à agir. »

Bien sûr, il est difficile de généraliser.

Chacun de ces consommateurs a une démarche différente. Ils sont chacun à un niveau ou à une étape différente de leur cheminement et n’ont pas les mêmes aspirations, les mêmes difficultés et les mêmes contraintes.

Mais globalement, il semble que ces consommateurs qui ont décidé de refuser la consommation de masse ne s’en sortent pas plus mal que les autres, au contraire.

Alors pour ceux qui se sont un jour demandé ce qu’ils pourraient faire pour changer un peu de vie, partez rencontrer ces personnes là où nous-même les avons rencontrées, sur Facebook.

Fondatrice du blog - Solutions Alternatives