Qu’est-ce que l’autosuffisance ?
L’autosuffisance, on en parle souvent à l’échelle des Etats : c’est le fait pour ceux-ci d’être capables de subvenir par eux-mêmes aux besoins de leurs populations. Mais certains décident également d’être autosuffisants à leur petite échelle individuelle, sans dépendre d’autrui ou du système économique. Cela nécessite donc de produire sa propre nourriture, générer sa propre énergie, fabriquer ses vêtements et toute autre nécessité du quotidien, recycler ses déchets et bien sûr être propriétaire de son logement.
Évidemment, on ne passe pas à l’autosuffisance du jour au lendemain. Par exemple, avant d’être autosuffisant sur le plan alimentaire, il va falloir être patient, car un potager, ça ne pousse pas en une nuit. Bref, pour vivre sans argent comme certaines figures de ce mouvement que sont l’Irlandais Mark Boyle ou par chez nous le Youtuber Björn Duval, il faut faire preuve de sacrément de volonté et de sacrifice, mais il est en revanche possible de suivre leurs préceptes pour se montrer plus autosuffisant au quotidien.
D’ailleurs, l’un comme l’autre ne prônent pas l’abolition de l’argent. Duval continue de travailler en tant que “modeste employé de la classe moyenne”, tandis que Boyle, s’il s’est fait connaître pour avoir vécu pendant trois ans sans argent, l’a fait comme expérience, pour montrer qu’il était possible de vivre plus localement.
Mais il affirme par ailleurs que vivre sans argent serait impossible, qu’il n’y a pas d’appétit ou de désir pour cela, et que ce serait donc voué à l’échec aussi bien politiquement que d’un point de vue sociétal. Car tout faire soi-même requiert énormément d’énergie, mais aussi de ressources et d’espace, impossible donc dans des centres urbains. Comme l’explique Duval en interview, le but n’est donc pas tant de tout nécessairement faire soi-même, mais plutôt de réapprendre les savoirs ancestraux que la plupart d’entre nous avons oublié (“apprendre à faire du beurre du vinaigre, et toutes sortes de choses”). Car “une fois que l’on sait faire quelque chose, alors on devient libre de choisir si on veut gagner de l’argent pour l’acheter ou bien faire cette chose nous-mêmes”.
L’habitat
Le premier besoin qu’il s’agit de combler, c’est celui de se trouver un toit à se mettre sur la tête. Pour vivre sans argent, il faut donc paradoxalement commencer par en avoir un peu, afin d’acquérir son propre terrain — sur lequel construire sa demeure, mais également assez grand pour cultiver et élever. Qu’ils soient financiers, mais aussi en termes de force de travail, ce sont les investissements initiaux qui sont les plus lourds lorsque l’on souhaite adopter ce mode de vie. Comme nous l’avons évoqué, un potager ne pousse pas du jour au lendemain : il faut donc faire preuve de patience et redoubler d’efforts pendant les premiers mois pour obtenir une situation plus stable par la suite.
En ce qui concerne l’habitat, il vaut mieux se tourner vers des options écologiques afin de réduire ses besoins futurs en énergie. Cela dépend de ses moyens, mais il existe des habitats auto-construits durables et peu coûteux, certains nomades, d’autres non : les yourtes et tipis, les caravanes, les tiny houses, ou bien les maisons en terre ou bois.
L’eau
Là encore, il s’agit d’un bien précieux puisqu’indispensable à notre survie — et selon Duval, “systématiquement […] la chose pour laquelle il y a eu le plus de difficultés. Cela peut être l’eau bouseuse à l’automne en raison de pluies excessives qui rendent l’eau des sources impropres à la consommation ou, à l’inverse, l’été trop sec où on se retrouve à rationner les usages d’eau.” Il faut donc apprendre à la collecter mais aussi à la purifier, et en faire des réserves pour se préparer aux pénuries. Si certains auront la chance de pouvoir construire un puits, pour d’autres, il faudra se tourner vers des récupérateurs d’eau, ainsi que des filtres et des pastilles purifiantes.
L’alimentation
C’est sans doute ce qui nous vient en premier à l’esprit lorsque l’on pense à l’autosuffisance : celle alimentaire. Mais celle-ci n’a rien de bucolique et nécessite un travail constant. D’ailleurs, elle doit être prise en compte dès le choix de votre terrain, qui doit être adapté à la culture. Si la planification d’un potager est le b. a.-ba et permet d’obtenir des aliments de base, tout comme un poulailler qui permet d’avoir une source de protéine, les plus sérieux se mettront à la permaculture, cette méthode consistant à imiter les écosystèmes naturels afin de développer un environnement aussi durable que productif : de la sorte, on minimise le temps et les efforts voués à l’entretien, tout en optimisant l’utilisation de ses ressources. Au passage, on recyclera ses déchets organiques pour en faire du compost qui permettra de fournir des nutriments riches à ses sols. Gardez en tête que l’autosuffisance alimentaire ne se limite pas au jardinage : il faut savoir saisir tout ce que nous offre Mère Nature : pratiquez la cueillette sauvage, voire la chasse et la pêche — dans le respect de l’environnement et des réglementations locales.
Les besoins énergétiques
Enfin, l’autosuffisance énergétique est un défi de taille mais essentiel pour se libérer des factures. Parmi les solutions, on peut mentionner :
- Les panneaux solaires, qui permettent de produire de l’électricité de manière autonome. Leur coût initial peut être élevé, mais des subventions et des aides existent pour faciliter l’installation.
- Les éoliennes domestiques : moins connues que ces derniers, les éoliennes peuvent compléter la production électrique des panneaux solaires, surtout dans les régions venteuses.
- Le biogaz : produire du gaz à partir de déchets organiques est une solution écologique et économique. Il est possible de fabriquer un digesteur de biogaz chez soi.
- Le chauffage au bois, avec des poêles ou des cheminées. Le bois peut être récupéré gratuitement dans la nature, en respectant les réglementations locales, ou tiré de son terrain boisé.
Enfin, il faut bien sûr utiliser des appareils économes en énergie et adopter des gestes quotidiens simples pour réduire sa consommation énergétique.
Économie de partage et troc
Même en vivant en autosuffisance, il est parfois nécessaire d’obtenir des biens ou des services que l’on ne peut pas produire soi-même.
L’économie de partage et le troc sont des solutions alternatives à l’argent : on peut par exemple échanger des services (cours de jardinage contre des réparations de vélo, par exemple), ce qui permet de répondre à ses besoins sans échange monétaire ; se rendre en ressourceries et recycleries, des lieux qui récupèrent, réparent et revendent des objets de seconde main à bas prix, voire les échangent contre d’autres objets ; ou encore recourir à des “banques de temps”, des systèmes qui permettent d’échanger du temps de travail contre du temps de travail (une heure de votre temps est égale à une heure de celui de quelqu’un d’autre, quelle que soit l’activité), ce qui revient à une notion proche de celle de l’argent comme monnaie d’échange, sans ses dévoiements modernes.